Système d’Information sur le Marché du Travail

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Durant les vingt dernières années, le Maroc a connu de profondes mutations caractérisées par une plus grande ouverture de son économie et par des réformes qui ont concerné ses politiques tant économiques, qu’éducatives et sociales. La transition démographique et les efforts entrepris pour intégrer de plus en plus de jeunes au sein du système d’éducation et de formation aux filières plus diversifiées ont impulsé une reconfiguration du marché de l’emploi, renouvelant les métiers, les compétences, les activités, ainsi que les règles d’embauche et de promotion.

Ce contexte a été marqué par une série de réformes qui ont marqué en profondeur le fonctionnement du marché du travail et engendré des besoins précis en informations pour caractériser et définir les compétences et les métiers émanant de la demande des entreprises.

L’actuel Système d’Information sur le Marché du Travail (SIMT) ne dispose pas d’une organisation suffisamment cohérente, au point que l’utilisation du vocable « système statistique » au sens propre du terme ne soit pas tout à fait adéquate. Certes, le HCP joue un rôle central dans la production de l’information statistique à l’échelle nationale et garantit ainsi un minimum de cohérence d’ensemble. Mais compte tenu de la diversité de « producteurs » statistiques, produisant chacun selon des objectifs, des méthodologies et des « logiques » spécifiques, la situation d’ensemble se caractérise par la prédominance des données peu homogènes (ou non homogénéisés), qu’il est difficile d’exploiter dans leur totalité. Ce système d’information est insuffisamment intégré pour apporter une vision globale du marché du travail prenant en compte toutes les autres sources disponibles. D’ailleurs, le Comité de Coordination des Études Statistiques (COCOES) censé être en charge de la coordination et d’être le garant de la qualité des informations et des méthodologies est peu actif et ne se réunit que rarement. De ce fait, l’actuel système statistique ne s’appuie pas sur un réseau permanent et institutionnalisé d’organismes producteurs associant les acteurs clés du marché du travail à la définition des besoins statistiques.

Ce dispositif n’est donc pas en mesure de rendre compte du fonctionnement réel du marché du travail dans toute sa complexité, au bénéfice de l’ensemble de ses parties prenantes. Ce tour d’horizon souligne la nécessité qu’il y a à mettre en place progressivement un système d’information sur le marché du travail marocain qui soit véritablement « intégré ». Il devrait non seulement améliorer significativement les sources d’informations existantes mais en outre, en proposer de nouvelles s’inscrivant dans un schéma d’ensemble « cohérent ». Il s’agit ainsi d’être en mesure de répondre aux attentes diversifiées des utilisateurs en vue de comprendre quelles sont les dynamiques de l’emploi.  Ces acteurs doivent disposer de fines informations sur l’ensemble des mouvements de main d’œuvre.

Il s’agit aussi d’être en mesure de répondre aux besoins suscités par la nécessaire évaluation des politiques publiques et par une régulation beaucoup plus efficiente de la relation formation-emploi. En outre, un système statistique rénové doit être en mesure d’accompagner et de structurer la décentralisation d’ores et déjà à l’œuvre, que ce soit dans la perspective sectorielle que dans le cadre de la régionalisation « avancée ». Dans ce dernier point de vu, il s’agit d’impulser une dynamique territoriale de réflexion sur les problématiques emploi-formation de nature à proposer des programmes d’action adaptés aux spécificités locales. Aussi, mettre sur pied des observatoires régionaux de l’emploi et de la formation constitue un chantier primordial, tout en veillant à ce que la nécessaire approche bottom-up de collecte de données s’inscrive dans un cadre commun assurant la cohérence d’ensemble.

La création en 2014 de l’Observatoire National du Marché du Travail (ONMT) au sein du Ministère de l’Emploi et des Affaires sociales a constitué une première étape importante en vue de la construction progressive d’un système intégré d’observation du marché du travail dans une perspective nationale, sectorielle et régionale. Son périmètre d’observation et d’analyse couvre les données relatives à la demande de travail, les conditions de travail, les relations professionnelles, le coût et la durée du travail, les programmes d’emploi actifs et passifs, le cadre macroéconomique sectoriel de l’emploi, etc.