Les problèmes de cohésion sociale

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Le Maroc se trouve dans une phase de transition caractérisée par la juxtaposition d’institutions modernes et traditionnelles de régulation. Les institutions modernes sont de création relativement récente puisqu’elles datent de la période du protectorat. Les institutions traditionnelles sont enracinées dans la société marocaine, sa culture et son histoire. Il importe que ces deux formes d’institutions soient complémentaires et dépassent le rapport de force initial qui les a opposées pour éviter les risques de conflit et de concurrence. Les institutions traditionnelles sont en position de force. Issues du modèle sociétal dominant, elles peuvent se prévaloir de la légitimité sociétale. À l’inverse, les institutions modernes ne bénéficient pas de cette légitimité. Elles s’appuient sur un modèle de référence, à savoir le modèle d’un État moderne, un modèle non dominant pour la majorité de la population.

Un indicateur permet de mesurer la crédibilité des institutions modernes de régulation. Il concerne la participation de la population aux institutions de représentation démocratique et d’expression collective (partis politiques, syndicats, ONG,etc.). Au Maroc, la situation est contrastée. D’un côté, il existe une réelle défiance envers les partis politiques et les syndicats. Cette défiance se caractérise par : (i) un paysage politique fragmenté (30 partis politiques et 27 syndicats de travailleurs) ; (ii) un faible taux d’engagement dans l’action politique et syndicale ; et (iii) un faible taux de participation aux différentes élections (législatives, municipales, professionnelles). De l’autre côté, le Maroc se distingue au sein des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord par la dynamique de sa société civile et par sa liberté d’expression.

Les inégalités de distribution des revenus et la pauvreté sont néfastes pour la cohésion sociale. Le revenu par ménage et par mois est 1,6 fois plus élevé en milieu urbain (6 124 dirhams) qu’en milieu rural (3 954 dirhams). Les 20% de la population en haut de l’échelle, à savoir les ménages les plus aisés, accaparent 53% de la masse globale des revenus.
Les 20% en bas de l’échelle, à savoir les ménages les plus modestes, ne touchent que 5,4% de la masse globale des revenus.

D’après le Haut commissariat au Plan, 17% de la population vit avec un revenu inférieur à 2 000 dirhams et 64% de la population avec un revenu inférieur à 5 000 dirhams, alors que 8% de la population dispose d’un revenu supérieur à 12 000 dirhams.